20.3.07
Quatre jours à OM
En repassant par Varanasi, le temps de couler un bronze à l`indienne sous la pluie, dans un champ de merde et de bouses, j`avais du temps à tuer avant de reprendre le train. A l`écart du brouhaha de l`avenue encombrée des trafics motorisés de la chair hindoue qui se mélange aux millions de roues, je trouvai dans ses petites ruelles parallèles un jardin d`éden magnifique, champ vierge où n`en pouvant plus d`avoir trop mangé la veille à Bodhigaya, pour fêter le départ à nouveau vers des plaines lointaines, je chiai mon colombin au milieu des bouses et des vaches sacrées. Libéré de ce poids je cherchai un abri où trouver le refuge d`un joint de manali, lorsqu`entre les averses je m`enroulai autour de Parvati, accompagné par quelques enfants magnifiques, je dédiai à leur esprit pur et innocent les corolles de fumées qui s`envolaient depuis notre petit auvent, attendant que cesse la pluie en admirant la magie de ses gouttes qui lavent et nettoient autant que la pluie purifie l`âme des hommes et des villes. C`était la fin du mois des fées vrillées et soudain deux anges ouvrirent la porte d`une jolie cahute toute simple et peinte d`un jaune orange, petite maison du soleil au milieu du jardin vert de l`éden. Les arcs en ciel bientôt nous offriront les pontons vers l`étendue des mystères... Les deux anges m`invitèrent au refuge bienveillant de leur humble chaumière, dont les murs décorés de jolis posters lumineux affichaient le calendrier magique de l`Inde et de ses dieux. Ils cuisinèrent de façon simple un repas végétarien savoureux sans que le rudimentaire jamais empêche la magie de l`ordinaire. Requinqué par les ondes apaisantes, je plongeai dans un rëve éveillé où la nuit blanche me poursuivait, sans avoir pu dormir mon corps sombrait mes yeux cillaient et l`esprit du songe happait mon être. Avant de sombrer totalement je m`enfilai vers la gare de Varanasi Junction, remerciant les forces vives et amicales sur le continent des dieux. Douze heures de train au lieu de six et de nombreux arrêts me permirent de souffler dans les beedies à l`eucalyptus de Parvati sur le bord nocturne des quais déserts. A quatre heures de la nuit j`attendais le bus de l`aurore qui m`emmena au pays de Mowgli sous le soleil implacable du jour d`acier matinal. On découvre la vie du lever sous le ciel hindou où chacun va faire son besoin naturel au milieu des champs verts de l`agriculture indienne. Des feux ici et la réchauffent le petit froid du matin et les cahutes boisées commencent à s`éveiller au bord des routes sous le regard des palmiers et des cocotiers. Le soleil rouge a laissé place à l`horizon bleuté et le bus en trombe chargé à bloc d`hindous serrés file à fond de train roulant sur le cahot des routes caillassées. Je plonge au cœur de l`Inde vers le centre magique du pays à tête de cristal. A travers les collines boisées d`une jungle de forêts au détour d`une route sinueuse nous nous arrêtâmes au temple d`Hanuman le dieu des singes pour faire offrande à la prière de protection et tous les passagers et enfants des passagères reçurent en partage un quartier de noix de coco afin de célébrer la puja et bénir le voyage. A l`avant-dernière station d`arrivée deux messagers montèrent dans le bus, un long et fin indien de type aryen et un enfant jaïn qui me fit une couronne de ballons colorés, je lui remis sur la tête en le saluant de maha raja, grand roi, ce qui fit sourire le bus. A la descente des portières coulissantes du bon car fatigué les deux indiens m`accompagnèrent au bord du Lac, en chemin les déesses de pierre souriaient sous leurs cheveux et leurs formes ondulées qui balançaient dans le feuillage des jungles... L`enfant jaïn tenait à m`emmener dans son hôtel tandis que le jeune aryen me donna la carte du Zen où je finis par aller après en avoir visité quelques-uns. Le Zen Hotel est tenu par l`un des fils d`Osho autour d`un joli bassin aux fleurs de lotus où la tête d`un bouddha de pierre repose à la surface de l`eau. Les prix prohibitifs de l`hôtel et du restaurant laissent à penser que l`enseignement du maître s`est dilué dans une course au fric où le visage du grand capital se montre au jour pour faire son blé. Après 40 heures de voyage et 3 heures de sommeil, une bonne douche froide et un brin de yoga puis de taïchi me redonnèrent de la vertébrale pour aller me restaurer dans une merveilleuse gargote locale à l`autre bout de la ville, conduit par mon aryen qui me fit traverser le champ de foire où trois grandes roues tournaient. J`éjectai les vendeurs de hash qui me suivaient sur le chemin et m`attendaient aux bords du Lac. Je me restaurai délicieux lorsque deux tueurs à moto déboulèrent dans la gargote, Kumar et Rakesh rameutés au mobile par mon gentil aryen ; au moment du tchaï mes deux tueurs avaient la gueule de l`ange. Kumar m`emmena à moto en bombant sur les chemins de terre au temple de Shiva pour me montrer le saddhu baba de 120 ans qui vit dans sa mini cahute aux pieds de Shiva, servi par deux belles indiennes qui lui préparent le shilam qu`il fume toute la journée, le babou saddha a atteint le pays de Shankar où son être vivant repose dans la saddhana balayant les poussières d`ego de son éventail en feuille de bambou. Après la présentation, une assise sur les marches du Lac où Pintu nous rejoint, fils du Manali et jeune graine de saddhu en herbe, un nouveau tueur, la gueule d`un ange démon. Les tueurs m`embarquent à trois sur la moto à la lisière de la vieille ville, derrière le temple jaïn, où chez un nouveau baba nous réveillons son chilam endormi afin de pomper à la source la ganja et le manali. Nous discutâmes longuement et Rakesh sut voir le cœur de ma tristesse, je lui dis que bientôt j`aurai à la secouer, à la chanter et à la danser pour faire pousser les graines de la joie. Ils se proposent de faire les courses, Rakesh a envie de cuisiner pour le baba, je lâche 200 roupies. Nous découpons les légumes à la faux et la ratatouille s`agite dans la casserole entre les aubergines et les oignons qui rissolent. Les rais de lumière filtrent à travers les branches du toit et le flot lumineux de la vie s`écoule par la fenêtre de la chambre du baba où l`on entend chanter le taureau sacré qui mugit et rugit le OM et les sons d`un mantra du cœur. L`éveil surgit dans les flammèches de feu, chacun participe au devenir du monde, l`un découpe les carottes, l`autre épluche les concombres, tous affairés entre les radis blancs et les patates au curry, à la vaisselle ou pieds nus allant pomper l`eau à la source du puits de l`arbre. Après la ratatouille, au tour des chapatis pétris à tour de rôle par Kumar ou son ami et cuits à la poêle par le baba puis terminés au feu avant d`être beurrés par les doigts beurrés de Pintu, dont le troisième œil décentré est symbolisé par un grain de beauté au-dessus de l`œil gauche. Il mange au cœur des contrées de Shiva, lui aussi beurré par le discours des barattes, qui frappent le lait de la voie lactée pour en faire le fromage des dieux. Ma bande de tueurs aux gueules d`anges veut préparer un concert à l`ashram des dieux pour que je chante la Parvati. Le repas fini et la vaisselle orchestrée nous nous allongeons sur la terrasse sous les branches effeuillées de l`arbre du temple où nous semblons flotter dans la digestion d`étoiles. J`ayurvédise Rakesh par un petit massage des épaules et des pieds du cou et du dos au chef de l`armada. Ensuite fatigué les motards me ramènent au coucher du Zen Hotel ou je m`endormis dans les bras d`Osho. Les aisselles du ciel sentaient bon le cosmos.
Elephants` Circus
Au deuxième jour la bande de tueurs à motos m`attendait pour m`emmener au Yogi Lodge, deux fois moins cher que chez les sannyasins qui n`avaient d`Osho que la barbe et le porte-monnaie, et rien du sourire du cœur plutôt avide et carnassier ou pseudo beat genre bonbon tisane aux bons dollars bien sucrés. Un petit resto familier et bon marché et un roof-top au soleil dans les yeux d`Osho au pied des feuilles du grand pommier de Pippal surplombant la terrasse de Dédé le Yogi. Ça c`était bon pour papi afin de pratiquer l`assise pourchassée au long des sentiers guerriers de la parodie de la vie cosmico-comique et parfois souvent dechirée par les masques du voile tragique de la dramaticalité antique. Les tueurs en jeep avalèrent le chemin caillouté jusqu`à la rivière au cœur du cirque magique de la vallée entourée par la ronde immense des éléphants géants qui se sont massés en cercle autour du cœur vivant et arrosé par l`irrigation des dieux de Khajuraho. Le bain dans la rivière et un séchage au soleil nu des rochers. Un tchaï sur pilotis assis sur des banquettes en bambou au-dessus de la rivière à l`ombre d`un thé et retrimbalé en 4x4 à un poste-frontière, celui des crocodiles, un baba allumé vient me chanter ses oboles au son d`une aumone rythmée, Shivà me chante au nez à la barbe des gendarmes, à l`abri dans l`auto nous tirons le pompon à la pipe du chilam, venant du verbe hindi "se-chier-l`énergie-de-l`âme", aux chevilles herbales de miss ganja, à quelques mètres des douaniers, ou des soldats du parc, nous irons dire bonjour aux crocodiles une autre fois... Allons plutôt serrer la pince du petit prince ! De retour à la ville un goûter a l`aloo-paratha dans son chutney sur la route d`une auberge de New Dehli. Le soir la pillave à la picole démarra au whysky sec des espaces hindous, les bulles de coca arrosèrent de sucre la causerie sur le tapis dans l`arrière-boutique de Wavik, le chauffeur brahmane de la jeep qui multiplie les esprits par quatre et six font huit. Il aurait pu écraser la route elle-même de ses pneus moteurs que les dieux n`auraient pas bronché, son volant conduit par les plus hautes instances védiques. Le prêtre érudit est respecté et craint là où l`outcast intouchable et pauvre, le dalit, et les middle class n`ont qu`à lécher le cul de la sainte érudition afin de recevoir le pain béni de l`onction à coup de botte dans le cul et chapati maison. Les brahmanes gèrent le business de la religion et du commerce, de l`électronique et de l`éducation, de la santé et de la haute administration, ils sont les saints pères bénis, oui-oui, de la nation. Rakesh qui est brahmane lui aussi se fait appeler guruji, comme tous ceux qui se doivent de porter le poids du dharma au bout de leurs doigts et jusqu`au cœur de la foi du monde en nous au-delà du moi. Les beuveries du soir nous ayant gentiment torpillés il était temps d`aller composter la ganja au son des villageois et de chanter l`encens et les noix de coco à l`oreille de Shivà et des babas saddhou. Le repas partagé en mangeant à la main dans le même grand plateau le concert débuta, son tambouriné des peaux et des cymbales tintées au rythme des chants psalmodiés par le baba orange à la barbe tressée d`une double dread-lock par les doigts familiers de Pintu. Les chanteurs appellent les dieux et exhortent les esprits à se présenter aux portes du cercle musical bien torpillé à la beuh, lorsqu`entre enfin un jeune saddhu tout de noir vêtu, dédié au culte de Shivà et qui au lieu de ses retraites est nu, son corps peint des cendres de l`impermanence qui flamboie, la mort du bois est la vie du feu, les flammes de la joie le chant de la vie, l`accent des larmes le sang de la foi, la voix du son le nom de sa présence, le chemin de la voie un centre couronné. Lorsque le saddhu noir chanta l`amour de Parvati, à la fin de son premier chant les larmes perlèrent le long de mes joues, puis à son deuxième chant au tabou des yoga du secret, le son de l`omnitude ouvrit les voies de mon cœur et la vocalité des cordes chantantes fit jouer le son d`astralité sur le corps de ma harpe intérieure, empli des émotions d`un chant divin et liberé des tristesses et des fausses condamnations. Le chant célebré la moto m`endormit dans le drap de ma viande hachée puis à nouveau restauré je fis du rëve au pays de Yogi.
Killing angels
Les jours suivants je tentai d`expliquer aux anges tueurs que mes larmes ne valent pas toujours 3000 roupies, qu`ils se contentent de 1000 roupies pour l`heure et me lâchent un peu la grappe à raisin. J`irai donc voir les temples à pied. Et voir les déesses s`animer au pied de la nuit des temples sacrés en attendant la fête des prochains jours colorés du Holi Festival. Un soir alcoolisé Pintu voulut se battre en réveillant vers le minuit ma chambre d`hôtel, je lui demandai comment il voulait qu`on fasse pour régler le compte de sa colère et il me proposa qu`on s`encastre dans le taxi qui arrivait pour se garer. Retenu sous l`arbre de la raison et empêché plus avant par les véhicules bloquant le passage vers la ruelle, je lui dis simplement que si nous percutions la voiture c`est elle qui plutôt en pourrait mourir et sur ces bonnes paroles je le laissai à sa cuve sans vouloir froisser sa ruelle. Anyway le taxi bloquait la rue et j`étais fatigué de leur harcèlement aux ruelles parfois cruelles des passions où nous avions discuté des nuits entières, hindous ou israëliens, riant des fleurs de nuit ou caressant de paroles quelques jolies européennes flamboyantes, fumant à la terrasse nocturne du café-resto de l`oncle de Kumar, gentil clown tavernier à la bedaine bedondante qui après avoir cuisiné pour son neveu et ses amis européens et du manali, se restaurant lui-même, mangeait les yeux fermés en avalant goulument le contenu de son assiette dans le sommeil du rëve et le riz aux légumes du songe. Shiva avait encore fait péter la ganja jusqu`à l`aube d`un autre nouveau matin chantant.
Le temple s`allume
Je préférai marcher loin vers le sud au temple de Vishnu vers le village surplombé et s`élevant pour survoler le cercle de la crique aux têtes d`éléphants et voir au crépuscule le soleil pourpre rougir contre le ciel violet dans une dernière étreinte avec le plafond bleu. C`est là que je rencontrai Ram, un charmant népali qui parlait très bien le français aussi et nous fîmes ami-ami avec la vie. Je préférai m`asseoir auprès de la sagesse du dieu lové sur son dragon, serpent amoureux de l`univers couvé sous les fesses du maître des grands océans préservant la force du monde en son intégralité avant que Shiva ne danse pour broyer les cendres de lumière à l`étincelle Brahmanique et finissant toujours par baiser sa propre étoile afin que le monde renaisse à nouveau et s`embrasant embrasse les fléaux du monde, le ciel et la terre collés en l`homme au cœur d`une embrassade unique révélant ses visages au lieu d`une onde mouvante qui épique, traçant l`épopée des mondes vivant de l`homme par le regard des dieux, encense les proses d`une poésie axée vers le centre du royaume de la transmission aux poses de l`harmonie et des assises réflexives dans le miroir aux reflets de l`ombre dynamique, traversant les couloirs du temps espace on parvient au champ de la méditation poussive où le visage du Soi soudain figuré vole en éclat dans le jeu ondulé des jupes de Kali. Ne reste que Souffle alors sous la pluie d`or de l`amour et les démons assoiffés ivres des lumières dorées s`écroulent au bord des sphères bordés par l`ère d`une frondaison nouvelle où les chevaliers de la folle sagesse fleuriront sur les tombes célestes de la sainte prière de l`Est. Le soleil se lève aussi au crépuscule des âmes.
Fire danceress
La nuit les danseuses s`allument et les temples vibrent. Shiva se déguise et se transforme en flamme imitant le sourire des anges bleus à la peau de Krishna. L`enfant est fils de Ram le dieu au pouvoir de feu et le feu en flammes est joueur et saute accroupi aux épaules du jeu défenestrant les barricades de l`âme en plongeant dans le tourbillon bagarreur et rieur. Si l`enfant dompte la flamme au sourire de Shiva la vie émerveillée des cieux coule le long de ses cheveux.
Burning moon
Je mangeai alors dans le jardin des villageois buvant gentiment la bière corsée des hindous et au fil des soirs je vis Ram se torpiller au whisky de Goa qui ne me laissa pas toujours la nuit indemne mais versé par le flot d`étoiles retrouvai à moto le champ drapé du lit Yogi. Je tenai le guidon du villageois beurré tandis qu`à la poignée de son accélération la moto aussi bourrée que son conducteur finit par faire peur même au bord de la route avec ses embardeées et le phare éteint pour laisser la Lune éclairer ses zig-zag chancelants la poignée à fond de coin. Les phares d`un camion ont flippé en entendant notre klaxon. La veille de mon départ Ram beurré par la énième beuverie me fit une scène de gémissements, il pleurait sans avoir de larmes et était tellement farci que sur la moto il s`accrochait avec une telle force que je crus qu`il allait m`arracher les tripes. Je le fis descendre afin qu`il rentre chez lui et le vis filer droit sur la route vers le village avec le livre d`Osho que je lui avais offert, ouvert à la lecture des rayons de Lune qui lisait par-dessus son épaule. Ram m`a coûté à lui seul en whisky et festivités plus que toute la bande de tueurs à gueules d`anges réunis. L`hindou est fou qui boit son toit sous le lit d`étoiles et enlève son ciel des habits du voile. La Lune alors apparaissait ambrée presque rouge tellement orangée qu`elle brûlait les démons de mon ami sous son regard en feu et que ça sentait vraiment le roussi pour le cerveau de mon Ram.
Holi Festival
Pendant les trois jours du Holi Festival les hindous du monde entier se barbouillent et se jettent des poudres et des eaux de couleurs, ils se farcissent dès le matin au tord-boyau artisanal et chantent et dansent tout le jour et la nuit dans les rues au son rythmé des cloches et des tambours ambulants. Les anges tueurs m`attendaient pour me barbouiller la face et je me présentai à Vishnu la tronche colorée des poudres de l`été. A Varanasi, si vous voulez tuer un indien ou un européen à coups de bâton sur un ghat c`est le bon jour, on vous balancera ensuite dans le Ganges attaché à quelques pierres pour sommeiller dans les fonds sacrés de la rivière. Après 10 jours de virée aux quatre fours à OM je m`enfuilai un retour vers le jeudi de Varanasi où j`allai retrouver le sourire de la Porte à Pantin. Extrait du Livre de la Jongle
Ram
